📣CRITIQUE-NÉGATIVE

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Le keffieh de Ghazal et les Timbits de Arel

par | mardi 3 novembre 2026 | 0 commentaires

« Inscris
Je suis arabe
Cheveux… noirs
Yeux… marron
Signes distinctifs
Sur la tête un keffieh tenu par une cordelette

– Mahmoud Darwich « Carte d’identité »

« Always fresh

Toujours frais »

– Publicité Tim Horton

Il y a déjà quelques jours, le Parti québécois nommait Jacinthe-Ève Arel au titre de « directrice de cabinet » du « ministère de l’Efficacité gouvernementale et de l’Allègement réglementaire de l’État », cette espèce de clone provincial du DOGE américain.

Évidemment, cette nomination n’a rien à voir avec l’expertise d’Arel. Si elle possède le profil de l’emploi, ce n’est certainement pas en raison de son expérience comme conseillère à la CAQ, ni de ses candidatures politiques opportunistes et sans succès, et encore moins de son passé de gestionnaire dans le réseau de la santé. Démanteler l’État social ne requiert absolument aucune compétence particulière. Aucune culture. Aucune intelligence. Aucune érudition… 50 ans de gouvernance néolibérale le confirment, n’importe quelle espèce de singe à peu près bien élevé pourrait remplir cette mission – fût-il issu des radios poubelles de Québec.

Conséquemment, la seule compétence d’Arel qui intéressait véritablement le PQ est la formidable expérience qu’elle a développée en tant que propriétaire d’un restaurant Tim Horton.

Aux yeux de cette libertarienne réactionnaire, l’État n’est-il pas, comme le veut cette doctrine fétichiste, une entreprise comme les autres? L’« efficacité » des services de l’État n’est-elle pas analogue à l’« efficacité » du service au volant ? « Alléger » l’espace en pressant les « p’tits vieux » qui tètent leur café, n’est-ce pas semblable à « alléger » la gestion de nos urgences en favorisant le privé? Et n’est-ce pas l’entreprise Tim Horton qui a eu l’ingénieuse idée de récupérer et de vendre les trous de beignes, les fameux Timbits, une innovation qui pourrait certainement être utile dans la gestion des CHSLD et de l’itinérance?

Tim Horton était un grand joueur de hockey. Il a fondé son entreprise. Il a pris des risques. Il a innové. Il a donné à son entreprise une réputation mondiale pour qu’elle soit ensuite vendue à Burger King. Au même titre que les dépanneurs Couche Tard, il s’agit d’un de nos « joyaux nationaux » (dixit Mario Dumont). Ceux et celles qui ne voient pas là de lien entre cette glorieuse épopée et celle de l’État québécois sont soient aveugles, soient communistes.

En fait, ce que voulait réellement le PQ, c’est d’une représentante de la droite radicale. Opportuniste, raciste, trumpiste, complotiste, abrutie et sans génie: comme l’explique effectivement le chanoine Bock-Coté, cet agité sociologue sans sociologie, Arel « embrasse la droite de notre temps » (Facebook, 31 octobre).

Sans évidemment s’en rendre compte, notre grand amateur de Timbits sociologiques se livre ici à une autocritique involontaire de lui-même et de son camp réactionnaire. Ce « temps » qui est le nôtre, comme il aime le répéter depuis trop longtemps, est celui du « déclin de la civilisation », un déclin effectivement objectif qui permet justement au plus quelconque des chroniqueurs organiques du pouvoir de parvenir au spectaculaire statut de vedette médiatique.

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Le 21 octobre dernier, effectivement fidèle à cette droite en déclin, Jacinthe-Ève Arel a associée le port du keffieh de Ruba Ghazal à l’« entrisme islamiste ». En onde en compagnie de Benoit Dutrisac, notre incontesté champion du chialage en bas bruns, elle a affirmé qu’il était « franchement inquiétant » pour nos institutions de voir ce symbole apparaître à l’Assemblée nationale. Ce faisant, elle relayait une pétition qui revendique la démission de la députée sous prétexte qu’arborer un tel symbole serait une menace à « l’intégrité de nos institutions » (en ligne depuis deux semaines). Elle a même eu la délicatesse d’ajouter que les partisans de Ghazal ne sont rien de moins que des « imbéciles heureux » (Qub Radio).

Soulignons qu’à ce moment, il est fort probable qu’Arel savait déjà quelle avait le poste de haut fonctionnaire. En termes de respect de l’« intégrité de nos institutions », on a déjà fait mieux… Mais ces propos ne confirment pas seulement l’inculture de la nouvelle bureaucrate. Plus profondément, ils témoignent de la dérive autoritaire dans laquelle est définitivement entrée le monde en général et la société québécoise en particulier.

Grosse nouvelle: la très vaste majorité des institutions internationales de défense des droits humains dénoncent les politiques coloniales d’Israël; plusieurs les considèrent d’ailleurs comme « génocidaire »[1]. Selon Amnistie International, Human Rights Watch et de nombreux comités de l’ONU, cet État « démocratique » bafoue la liberté de presse, nie les droits humains fondamentaux des Palestiniens et se moque du droit international – ce qui a mené la Cour pénale internationale à lancer contre Netanyahou et ses complices un mandat d’arrêt pour « crime contre l’humanité » (novembre 2024).

Mais en ce monde à l’envers qui est le nôtre, la menace aux institutions démocratiques ne proviendrait pas de ceux qui les corrompent, les instrumentalisent et en font un outil de guerre et de destruction, mais au contraire de ceux qui dénoncent la corruption, l’instrumentalisation, la guerre et la destruction.

Ce n’est pourtant pas au sein des supporteurs de la Palestine qu’il faut chercher une menace à l’ordre libéral, mais bien chez ceux qui, justement, lavent leurs mains salies par le colonialisme à l’aide du chiffon de plus en plus usé de la démocratie occidentale.

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Le cas de la Palestine est exemplaire d’une rhétorique antidémocratique et victimaire plus vaste. Lorsque la justice condamne Marine Le Pen et son parti pour détournement de fonds, l’ensemble de la réaction condamne l’institution judiciaire; lorsque Trump bafoue le droit international pour bombarder le Venezuela, la réaction condamne les institutions de régulations internationales; et lorsque les Républicains américains perdent leurs élections, ils prennent d’assaut le parlement.

Notre époque est dominée par les malfrats. La menace à la démocratie provient de la part la plus réactionnaire de l’élite. Ces « architectes du chaos » désirent la destruction du monde naturel et du filet social, l’aggravation de la pauvreté, la fin des institutions de la culture, de la santé et de l’éducation.

Pire, au Québec, cette élite réactionnaire et nationaliste vise à nous soumettre encore plus servilement à la volonté de l’empire américain et à celle de la tyrannie du marché – et ce, au nom même de l’indépendance!

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Entre le keffieh, ce noble foulard représentant la volonté du peuple palestinien de vivre en paix et en liberté, et les « trous de beignes » de Tim Horton, qui incarnent notre boulimique et fétichiste soif d’engraisser les notables et les seigneurs de guerre au nom même de la « démocratie », il n’y a manifestement plus à se demander de quel côté provient la menace.


[1] Le terme de « génocide » est peut-être excessif, voire, évidemment, antisémite. L’extrême droite occidentale, israélienne et le centre libéral seraient sans doute plus à l’aise de défendre un « nettoyage ethnique », voire de « semi-génocide », mais laissons aux relationnistes faire leur travail, ils trouveront bien le terme le plus « sexy » pour nous vendre cette politique.

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